Western Australia: the end of the road

Avant de quitter à nouveau l’Australie, j’ai terminé par une visite de la côte occidentale que je voulais faire depuis longtemps. Une visite pas du tout optimisée puisque j’ai commencé par le milieu pour ensuite descendre tout au sud et dans mon inconscience remonter tout au nord (que je n’ai jamais atteint tellement c’est grand ce pays).

Partie 3 semaines, la 1ère je l’ai passée dans une ferme familiale pour voir ce que c’était que travailler la terre en plein milieu de nulle part par 40° à l’ombre et sous les assauts des mouches qui pullulent en décembre. Pullulent au point qu’elles se jetaient vivantes dans ma bouche ! Je sais qu’on va finir par manger des insectes mais je ne pensais pas que ça arriverait si tôt.

Donc arrivée à Gingin, petite ville à 1h30 au nord de Perth, capitale de l’ouest, je vois mon hôte Pam débarquer à fond dans son pickup sur la place du bus au bout de l’unique grande rue qui constitue la ville. Pam sort souriante mais pressée (par quoi on se demande vu qu’il ne se passe rien ici), en mini-short en jean sous une tunique hippie tye&dye et de longs cheveux gris détachés. Elle a la bonne cinquantaine apprêtée et me propose immédiatement d’aller prendre la meilleure pâtisserie française du coin, un pain au choco pas mal, oui même en plein milieu de nulle part on mange français. Environ 30mn de voiture plus tard sur une route au milieu du bush, l’entrée de la ferme et le début de mes doutes… Une grande allée de sable et de terre, au virage suivant je vois des carcasses de voiture dont une au moteur qui a pris feu, des caravanes qui semblent abandonnées sur un bout de terrain (quand je dis « bout » je parle quand même de plusieurs hectares, c’est le désert, il y a de la place) où j’apprendrai plus tard qu’un homme y loge lorsqu’il rentre de la plateforme pétrolière où il travaille, puis la barrière qui mène à la ferme de Pam proprement dite. Je dis « ferme » mais là aussi c’est relatif car il n’y a pas de champs ni même d’animaux, à part 3 chiens, 5 chiots, 3 chevaux, des chats, des serpents (mortels), des tonnes de mouches et des oiseaux qui entrent dans la « maison » de Pam. Là encore je mets les guillemets car en guise de maison elle vit dans un immense hangar, sans eau courante, où elle s’est installée en attendant de trouver le temps et l’argent de rénover la maison des propriétaires précédents qui est en fait un taudis à moitié écroulé. La seule rénovation que j’y vois c’est de la raser…

Les toilettes à la ferme ;)

Pam vit donc sur ce terrain avec sa fille et son fils et leurs conjoints respectifs et prend donc ses douches à longueur d’années dans un container en plastique blanc comme sur les chantiers de construction et où les mouches viennent pour mourir. La chambre que je partage avec une Allemande, arrivée le même jour que moi, doit faire 6m2 avec des lits superposés et des araignées au-dessus de ma tête mais qui tuent les mouches alors je les laisse vivre en paix. Je sais qu’avec le tableau que je viens de dépeindre on pourrait croire que c’était une très longue semaine mais non c’était une super semaine pleine de nouveautés : j’ai été au contact de plein d’animaux (y compris un brown snake potentiellement mortel), j’ai désherbé un champ de poivrons, planté des choux chinois, des salades, des tas de trucs, arrosé 150 000 plantes tout autour de la maison, préparé les légumes pour le marché, mangé vraiment bio (puisque c’est moi qui plantais je sais bien ce que je mangeais au moins !), vu des cieux étoilés de malade et inconnus chez nous (pour cause d’hémisphère sud), fait une balade dans un bus scolaire aménagé par Pam où on entendait que le moteur), passé une après-midi à la mer et, rencontré donc Pam, une femme charmante qui vit de peu et s’en contente et montre qu’une vie loin des entreprises est possible si on est prêt à (pas mal) de sacrifices quand même en revanche… Au bout d’une semaine j’avais retrouvé le sens de la vie et on partait en road trip avec Anja, ma collègue allemande, vers le sud et la Margaret River dans ma voiture de location, prénommée Sandy pour l’occasion car remplie de sable au bout de 2 jours à peine.

Après notre expérience à la ferme, on devait être formatées alors on a continué notre séjour en mode low cost. On a donc dormi toutes les nuits pendant une semaine dans la voiture sur des parkings, au milieu de buissons, en face d’une plage de surfers. Je peux donc affirmer que ce n’est absolument pas confortable qu’elle que soit la position et la pire c’est de dormir dans le coffre sur les sièges baissés. Pour aller au bout de notre concept, on utilisait les sièges pour faire sécher nos fringues (le basique du vagabond) et on ne se nourrissait qu’à base de dégustations gratuites dans les diverses fermes et domaines qu’on croisait sur notre route (vins, caramels, fromages, confitures, olives, chocolat) et qu’à l’aide de notre réchaud à gaz de chez Walmart (enseigne low cost of course) et qu’on ne pouvait utiliser qu’abrité derrière une roue, entre 2 portières ou dans les toilettes publiques à cause du vent incessant en Western Australia en décembre. Pour parfaire notre démarche, on avait aussi décidé de ne plus se laver les cheveux. C’est comme ça qu’on a donc fêté Noël en avance avec nos serre-têtes « hohoho » sur nos cheveux gras, à cuisiner des pâtes au pied de la voiture entre deux fourrés sur une pseudo emplacement dont personne ne voulait dans le camping du bout du monde.

Et joyeux Noël !

Je conçois que ça a l’air un peu pathétique dit comme ça mais en vrai c’était sympa ! Et le road trip a continué le long de plages superbes d’eaux cristallines absolument glaciales, fouettées par un vent tel que mon parasol-auvent se repliait sur moi comme si on m’avait mis la tête dans un sac plastique et, une rencontre avec des raies énormes en bord de plage.

Au 10e jour, j’ai laissé Anja à Albany et j’ai repris la route vers le nord en pensant qu’en prenant une diagonale, je prenais aussi un raccourci… Arrivée à la Wave Rock — une vague de pierre au milieu de nulle part au sens strict du terme, qui s’est créée il y a 60 millions d’années et mesure 15m de haut sur une centaine de mètres de long — les locaux m’ont expliqué que je devais arrêter de croire que je gagnais du temps avec ma diagonale et juste rejoindre la route principale vers Perth. Après 2 jours de conduite sur des routes où je croisais environ une voiture toutes les 3 heures qui se déplaçaient entre des villes fantômes, je suis arrivée à ma 1ère étape sur la côte nord : Geraldton.

Wave Rock

J’ai alors décidé que je n’étais plus faite pour vivre dans une voiture et qu’une auberge de jeunesse sierait beaucoup mieux à mon corps décomposé. Je me suis donc arrêté quelques jours au Geraldton Backpackers Hotel, chez Pipa, charmante propriétaire du lieu qui m’a même offert un cadeau pour Noël ! A l’aller et au retour de mon périple. Pas parce qu’il y a plein de choses à faire à Geraldton mais parce que j’avais décidé que le slow travel était une meilleure option. Je ne suis donc jamais arrivée à Exmouth mais j’ai profité du voyage et surtout de la période pré-Noël où les touristes se font assez rares. Après noël, les touristes australiens montent dans le nord et là c’est blindé de monde mais avant ça les kangourous n’ont pas l’embarras du choix pour satisfaire leurs envies suicidaires. Je m’explique :

Après Geraldton, mon étape suivante était Kalbarri et son national park, son vent qui ne tombait toujours pas, ses mouches par milliers et ses 40° à 8h30 du mat. A part ça, c’est nickel pour la randonnée… Donc, un jour fatidique, je m’étais levée à 5h et roulait tranquillement en direction du parc. J’étais l’unique voiture, sur l’unique route du parc qui compte des milliers de kilomètres carrés, et j’étais très certainement l’unique voiture à avoir circulé depuis la veille au soir. Alors pourquoi au moment précis où je passais un tronçon de route totalement indistinct de tous les autres un kangourou a-t-il décidé de se jeter sous mes roues ? L’histoire ne le dit pas. Le moment où j’ai vu le kangourou c’est lorsqu’il a tapé mon aile droite. Même si au niveau de sa prolifération on pourrait comparer le kangourou à un lapin, ça n’a quand même pas la même force d’impact sur votre bagnole. Après avoir serré le volant à m’en casser les ongles, fermé les yeux et écrasé le frein tout en hurlant, j’ai fait une petite prière au dieu des mammifères (et remercié l’amie qui m’avait dit d’absolument prendre l’assurance tous risques) et j’ai jeté un coup d’oeil dans le rétro. Là gisait Skippy en convulsions. Et là j’ai réalisé que j’étais encore une fois seule sur une route déserte et que je ne connaissais pas le 911 pour les animaux. Je me voyais déjà assise à son chevet, lui caressant la tête en lui disant qu’il pouvait partir en paix rejoindre le ciel des kangourous débiles. Car oui ce sont des animaux stupides, je le dis sans jugement, c’est juste un fait. Ils attendent toujours que vous passiez pour sauter sur la route et celui-ci s’était même imaginé qu’il parviendrait à me dépasser par l’avant alors qu’il partait de l’arrière et que je roulais à 60km/h… C’est donc débile. Mais costaud, car Skippy s’est relevé et est retourné en boîtant dans le fourré (mourir d’hémorragie interne), non sans me jeter au préalable un regard lourd de culpabilisation pour ce que JE lui avais fait ! Pendant que je lui hurlais dessus en anglais pour être sûre qu’il comprenne bien le fond de ma pensée…
Revenue du parc après ma randonnée, j’ai aussitôt appelé l’agence de location de voitures pour expliquer mon altercation à une agente qui n’a même pas sourcillé et m’a lancé un « Est-ce que la voiture peut encore rouler ? Oui ? He bien bonnes vacances, on verra ça à votre retour. Vous n’avez plus de clignotant ? Sortez la main par la fenêtre pour signaler, c’est autorisé en Australie. » Au niveau des conversations surréalistes, celle avec le gérant de mon hôtel a été intéressante aussi puisqu’il m’a expliqué que lui ne se déplaçait jamais sans son marteau dans son coffre. J’ai tenté de m’imaginer en train d’achever Skippy pour abréger ses souffrances… ou les décupler… pauvre bête. Après cette épopée chez Mad Max road rage, j’ai repris la route pour atteindre au bout de quelques heures la station balnéaire de Monkey Mia.

Là-bas l’attraction ce sont les dauphins « sauvages » qui viennent prendre leur petit-dej au bord de la plage tous les jours. Un seul a daigné se montrer pendant mon séjour et je ne lui ai fait aucun mal, je le jure. A Monkey Mia, il n’y a rien à faire qu’à glander au cagnard et aller en croisière sur un catamaran pour voir le coucher du soleil ou les veaux de mer. Et c’est bien agréable. 

Mais après tout ça, c’est toujours le même problème : quand on monte, il faut redescendre. J’ai donc repris la route et fait un arrêt à Hamelin Pools. Et cet endroit a été l’un de mes préférés. Pourtant il n’y a rien mais alors rien, même pas d’eau potable dans l’unique lieu de résidence on va dire, qui mixe quelques emplacements de camping et des « bungalows » dans des containers de chantier en pré-fabriqué où la clim est assourdissante et où si on la coupe on doit dormir la porte ouverte. Sauf que c’est le milieu de nulle part, dans de grands espaces vides, et qu’autant en plein jour les propriétaires sont charmants (ils m’ont même offert une glace pour le jour de l’an que j’ai dégustée dans la piscine en regardant le soleil se coucher sur l’année 2018), autant de nuit j’ai repensé rapidement à tous ces films d’horreur que je devrais arrêter de regarder. Imaginez la nuit totalement noire comme on en voit plus chez nous, les toilettes à 50 bons mètres, la porte de mon container qui grince avec le vent quand j’essaie de faire un petit courant d’air pendant 5mn, la lampe à la lumière faiblarde qui se balance à l’entrée de vieilles caravanes dont je devine les ombres d’habitants derrière les stores fermés… Bref, j’ai donc opté pour me dessécher dans mon container, dans le silence.
Ce n’est pas tout à fait exact quand je dis qu’il n’y a rien à Hamelin Pools car en fait là-bas se trouve quelque chose qui rend l’endroit encore plus mystique ou étrange : les stromatolites. Ce sont les organismes vivants les plus anciens de la planète, DE LA PLANETE. Ils ont 3 MILLIARDS d’années. Et ils sont toujours vivants. En soi, ça n’est pas très impressionnant visuellement mais quand on est là-bas, seule (bizarrement ce n’est pas un lieu très prisé du tourisme de masse), à regarder ces stromatolites à fleur d’eau, avec un vent incessant et une immensité devant et derrière vous, il y a quelque chose d’étrange qui se dégage. Pour vous cultiver c’est là : page wiki des stromatolites.

Même de l’origine du monde, il faut bien en revenir. J’ai alors repris la route direction Perth puis l’avion pour Sydney et la grande civilisation où stromatolite est peut-être un mot qui n’y a jamais été prononcé.

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Date de publication : 24 novembre 2019