Papouasie-Nouvelle-Guinée : retour aux sources

vue de la mer et du volcan de rabaul

Vue du volcan Tavurvur depuis Kokopo

Pour les fêtes de Noël, je suis partie en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG en abrégé) avec un ami, seule destination abordable depuis Sydney à cette période. C’est-à-dire abordable pour y aller, une fois sur place prévoyez la Mastercard Gold; j’y reviendrai…
Débarqués après un court vol dans la capitale de Port Moresby, nous sommes directement allés au Sogeri Lodge en dehors de la ville, niché près de la rivière Laloki, du parc national de Varirata et du fameux et très ardu sentier de randonnée de 96 km, le Kokoda Track, connu notamment parce que les soldats australiens de la Seconde Guerre mondiale l’ont arpenté avec tout leur matériel dans l’humidité et la chaleur pour aller déloger les Japonais.

Le premier jour, on a décidé de suivre à pied la Sogeri road qui longe l’hôtel pour découvrir les villages alentour, alentours qui semblaient très tranquilles. Pourtant, arrivés à la grille, le manager nous a stoppés pour nous imposer une escorte. S’en est suivie une conversation qui se répétera régulièrement quand nous voudrons faire un truc seuls : « Une escorte ? Pourquoi c’est dangereux ici ? », demandons-nous innocemment alors qu’il est vrai que la Papouasie-Nouvelle-Guinée ne jouit pas d’une superbe réputation niveau sécurité.
Réponse : « Non ».
Nous: « … »
Et c’est comme ça que nous sommes partis en balade escortés… d’un enfant de 12 ans à vélo. Comme quoi il n’y avait pas trop lieu de s’inquiéter quand même.

Le long de cette route, et le long des autres routes sur les îles que nous avons visitées plus tard, sont installés des maisons regroupées en petits hameaux et souvent par familles. L’autre point commun et remarquable, c’est qu’en général ces maisons ont toute une grande pelouse très bien entretenue avec des petits arbustes décoratifs. J’ai d’ailleurs remarqué une certaine passion de la tonte au Rotofil ici, et vu la superficie des pelouses, il vaut mieux avoir du temps devant soi. Mais ici il y en a du temps, la vie se déroule à un rythme beaucoup plus lent.

Par exemple à Dalom, sur l’île de New Ireland, alors qu’on a dû attendre le 10e PMV (Public Motor Vehicle, minivan d’une dizaine de places) de la journée pour avoir enfin deux places disponibles, assis pendant 5 heures sous 30 degrés au bout de l’allée de la guesthouse où nous avions passé la nuit et à 20 mètres d’une plage paradisiaque et d’une rivière pas moins superbe, les voisins ont aussi attendu avec nous, assis sur leurs chaises, à nous faire la discussion ou à alpaguer les personnes qui passaient devant chez eux, et ce, pendant les 5 heures. Un autre rythme je disais donc.

On a d’ailleurs remarqué à plusieurs reprises que l’évaluation des horaires pouvait grandement varier. Ici on prend le PMV quand il passe, donc quand on demandait à 3 personnes les horaires pour s’organiser un minimum, on avait souvent 3 réponses différentes : « il passe pour 8h, 9h et 10h, ou même midi », « c’est à 9h ou 11h et parfois 8h ou 7h », « ça commence à 6h, enfin si le chauffeur est levé sinon c’est plutôt 6h30 ou alors 7h, enfin ça dépend ». Mais au final on finit toujours par arriver où on doit arriver, il y a au moins cette certitude même si on doit serrer les passagers du PMV déjà plein pour nous faire de la place parce que c’est le dernier de la journée et qu’on ne va pas nous laisser sur le bord de la route. Et se serrer, ça veut dire prendre son gamin sur les genoux en plus de ses sacs de courses, s’asseoir sur le bidon d’essence ou même se tenir debout courbé pour tenir dans l’habitacle… Et tout ça sans que personne ne râle. C’est un exemple parmi d’autres mais les gens sont plutôt gentils ici, on nous dit toujours bonjour, c’est-à-dire toutes les personnes qu’on croise sur notre chemin nous disent bonjour; on nous demande si tout va bien et si on peut nous aider quand on nous voit déambuler dans les rues avec nos sacs de voyage à la recherche d’un hôtel; et on nous donne même la clé de la chambre quand on explique pourtant qu’on n’a pas d’argent pour payer, que la machine à CB ne marche pas et qu’il n’y a pas de guichet de banque pour retirer de l’espèce… « OK, dans ce cas, vous me ferez un virement quand vous pourrez, c’est pas grave ».

vues de plages et rivieres

Après la Sogeri road et sa rivière Laloki brunâtre (pas sur les photos donc) qui m’inspirait autant confiance que l’Amazone et ses anacondas (mais où on s’est quand même baignés) et une randonnée de quelques heures dans la jungle du parc de Varirata magnifique avec des énormes araignées, des oiseaux de paradis qui se cachaient bien et des moustiques beaucoup moins timides, on a décollé pour Kokopo sur l’île de New Britain. La Papouasie est une ancienne colonie anglaise, puis australienne, d’où une géographie aux consonances british et une grande facilité pour communiquer avec la population qui parle bien anglais et, accessoirement 820 autres langues (pour 7 millions d’habitants).

L’arrivée à l’aéroport de Kokopo se fait sur une piste unique découpée entre les cocotiers à bord d’un petit avion d’une centaine de places. Là-bas, on a surtout profité de dormir dans l’hôtel « pas cher », le Seaview Beach Resort, tout en squattant la journée le luxueux Rapopo Plantation Resort à côté. Même sans être client vous êtes autorisés à profiter de la piscine, du restaurant et de la plage.

À 40 minutes en PMV de Kokopo se trouve Rabaul, la ville aux volcans. En 1994, une énorme éruption des volcans Tavurvur et Vulcan a totalement enseveli la ville sous 2 mètres de cendres. Aujourd’hui encore il n’y a plus rien autour, si ce n’est de grandes étendues de poussière noire et de cendres et la végétation qui a malgré tout repris le dessus. Et ces volcans sont toujours actifs, d’ailleurs le Tavurvur fume et on peut l’escalader. Il faut une petite demi-heure pour monter le flanc en marchant sur les pierres volcaniques qui roulent sous les pieds et glissent… et coupent. En haut, ça sent le soufre et on découvre l’énorme cratère et les fumerolles qui s’en échappent. C’est superbe et pas très rassurant en même temps. La population n’est pas à l’abri de se retrouver sous les cendres à nouveau et pourtant les gens continuent de vivre tout près comme sur la Matupit Island qui se trouve au bout de la route à quelques kilomètres du volcan et de sa source d’eau chaude bouillonnante.
Ça nous a pris quelques heures pour arriver au bout et dire bonjour aux habitants qui nous souriaient de toutes leurs dents rouges à force de manger des betel nuts, sorte de noix blanches qu’ils mâchouillent accompagnée de bouts de mustard, qui ressemble visuellement à un haricot mais au goût indescriptible, et d’une poudre blanche appelée lime, faite à base de coquillages écrasés et qui bizarrement donne sa couleur rouge au mélange. L’effet est apparemment euphorisant et addictif, ce qui pose des problèmes de santé dans le pays où énormément de gens, y compris les enfants, en consomment. J’ai goûté la noix, j’ai tenu 10 secondes à la mâcher, c’est très amer et n’a vraiment rien à voir avec les Hollywood chewing-gums…
Au bout de la route donc : une mer chaude avec une vue superbe sur les volcans. On s’est assis un instant sur l’herbe pour regarder le paysage sous les arbres et une noix de coco a failli nous tomber dessus de 10 mètres de haut. La coco fait pas mal de morts chaque année, il faut le savoir ! Du coup, on a préféré aller dans l’eau. Comme d’habitude je me baigne habillée, comme toutes les femmes ici, et je fais en sorte de ne pas me faire remarquer quand on sait comment la femme est considérée en PNG, pays avec l’un des taux de violence domestique les plus élevés au monde (j’ai lu que 70% des femmes ont subi ou subiront dans leur vie des violences).

vues du volcan tavurvur

Le Tavurvur et ses alentours

On a ensuite voulu rentrer au Rabaul Hotel où on séjournait dans une belle chambre, résultat d’un surclassement dû aux rares touristes à Rabaul et en PNG en général. Trop crevés pour marcher, on a stoppé une famille en jeep sur le chemin pour qu’ils nous déposent juste devant l’hôtel ! Nous nous ferons à nouveau emmener gentiment depuis l’aéroport de Kavieng, sur l’île de New Ireland, par le propriétaire d’un hôtel où nous n’allions pas séjourner pour qu’il nous dépose devant celui où nous allions passer la nuit. Ou pas. Parce qu’il était plein. Pendant les vacances de Noël, les familles élargies viennent se rendre visite, ce qui veut dire aussi les familles de propriétaires d’hôtels. Nous avons donc erré de nuit dans les rues de Kavieng, 10 minutes au moins…, jusqu’à tomber sur le Kavieng New Lodge. Un hôtel décent pour le prix.

Si vous avez bien suivi, je vous avais dit que je reparlerai de l’argent en PNG car c’est assez surprenant. La PNG est clairement un pays pauvre, qui pourtant coûte très cher au niveau des hôtels et avec une relation à l’argent étrange. Pour exemples, la chambre la moins chère que nous ayons louée, certes en surclassement, nous a coûté 50 € la nuit avec la clim et la télévision à Kokopo. A Namatanai, petite ville sans aucun service à part un supermarché, la chambre sans clim ni télé : 100 €. Chez l’habitant à Bol, la petite chambre était à 40 € la nuit en pension complète, sans salle de bain et les toilettes à l’extérieur; dans le village juste à côté, on nous demandait le même prix sans nourriture et pour une chambre en cours de construction.

Donc quand nous sommes arrivés au Kavieng New Lodge pour 80 € la nuit, où le petit-déjeuner n’était pas inclus au départ parce que le cuisinier ne travaillait tout simplement pas le lendemain et que finalement on nous a réveillés avec deux plateaux de petit-déjeuner en room service, on en était à se dire que cette chambre avec sa clim bruyante et sa salle de bain sur le palier était vraiment pas mal. Après deux jours à squatter encore un resort de luxe sur une île en face de Kavieng (le Nusa Island Retreat) et malheureusement une après-midi et une nuit complètes de pluie de fin du monde, on a commencé à descendre la côte de New Ireland via les villages de Laraibina, Bol et Dalom.
Tous ces villages sur la Boluminski Highway, l’unique route pour circuler dans l’île, n’ont ni eau courante, ni électricité (juste un générateur qu’on branche le soir), pas de réseau téléphonique et évidemment encore moins d’internet, pas de salle de bain, on se lave dans la rivière (les hommes à un endroit, les femmes à un autre) et souvent pas de toilettes. Quand j’ai demandé dans la guesthouse de Laraibina où trouver les toilettes, on m’a indiqué la mer…

vues de la vie dans les villages

Dans ses villages, tout se fait au ralenti et les activités consistent à nager dans la mer ou la rivière, faire du snorkeling et voir un requin de récif (yeah!), faire la sieste ou lire. Les habitants sont un peu plus actifs, ils préparent à manger, lavent leur linge dans la rivière, pêchent debout au milieu de la mer avec des bernard-l’hermites accrochés à une ligne qu’ils tiennent à la main. Pour faire leurs courses, les supermarchés sont à Kavieng ou à Namatanai, c’est-à-dire à plus de 200 kilomètres l’un de l’autre. Même si la Boluminski Highway est bien entretenue, les PMV mettent bien 7 heures pour parcourir cette route. Ils s’arrêtent à chaque personne qui les hèlent sur le bord de la route et stoppent dès qu’un passager le demande. Pour nous, il s’est arrêté à Namatanai où nous avons pris le bateau sur une mer calme et superbe pour reprendre l’avion à Kokopo et profiter une dernière fois du resort de luxe et de sa piscine extérieure à 40 degrés ! Et ce n’est pas une exagération pour la forme, la piscine était littéralement à 40 degrés au moins.

Puis, la fin du voyage est arrivée, petit retour dans la capitale pour prendre l’avion dans l’aéroport international le plus silencieux du monde : aucune musique d’ambiance, quasiment aucun passager et ceux qui sont là chuchotent presque. Puis il a bien fallu rentrer à Sydney… pour profiter de l’été ici aussi !

Quelques trucs en vrac remarqués au cours du voyage :

  • Les hommes et les femmes utilisent un petit panier en osier appeler bilum pour faire leurs courses, ou même comme bagage à main dans l’avion
  • Les hommes et les femmes ont également des sortes de sacs à main en toile colorée qu’ils portent accrochés autour du cou devant leur torse, plutôt que sur l’épaule ou en bandoulière
  • Les amis de même sexe se tiennent par la main, en revanche l’homosexualité est passible de prison
  • Et se tenir par la main entre amis est à peu près la seule démonstration d’affection en public que nous ayons remarquée entre les adultes
  • Quand les employés d’un hôtel frappent à votre chambre, ils frappent jusqu’à ce que vous ouvriez la porte ! Même à 7h30, parce que le petit déjeuner est prêt, donc même si vous n’aviez pas précisé d’horaires pour vous lever, il est prêt on vous l’apporte. Debout là-dedans !
  • Ils ne grignotent pas ou peu durant la journée, à la limite on a vu quelques personnes manger un concombre ou une noix de coco; en revanche beaucoup mâchent sans arrêt de la betel nut et en reprennent une dès que la précédente est finie.
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4 commentaires

  1. sylv

    merci ;) he bien c’est la question qu’on a passé 3 semaines à se poser !

  2. Caro

    Ah ah je reconnais bien là ton style inimitable de conteuse d’aventures extraordinaires chez le douanier Rousseau ! Trop drôle l’escort, le rotophyl… chères les chambres, que font ils de l’argent ?

  3. Senotier

    Trop beau! Je n’imaginais pas de paysages aussi jolis!:)

  4. Yann

    Ca a l’air magnifique! Je ne sais pas qui a organise ce voyage mais c’est impresionnant d’aventures et de peripeties, on croirait que vous n’avez rien rate tellement l’organisation etait parfaite!

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Date de publication : 20 janvier 2018