Voyage en Sulawesi…… Où ça?!….

paysage riziere tana toraja Même pour écrire un billet racontant mes vacances je procrastine. Voici donc trois mois après mon retour un résumé de mon voyage en Sulawesi. Partis à trois, nous revînmes bien à trois, c’est déjà un bon point. Alors la Sulawesi, c’est quoi, c’est où ? C’est marrant car j’ai posé la même question en partant et, en arrivant là-bas je n’avais toujours pas pris connaissance ni de la carte ni de l’itinéraire. Heureusement, je sais m’entourer et c’est donc Yann qui a fait office d’organisateur, guide, comptable pendant nos trois semaines en Indonésie sur l’île de Celebes, autre nom de la Sulawesi. Quant à Sylvain, il m’a servi de sugar daddy en me refilant dès le premier jour de voyage 2 millions de roupies de sa poche puisque sa carte bleue à lui fonctionnait…Fussé-je seule pendant ce voyage, je n’aurais pas dépasser le seuil de l’aéroport de Makassar. Savoir s’entourer, disais-je.

Première étape d’un voyage où le transport représentera pas loin d’un tiers de notre temps sur l’île : Makassar donc, capitale de la Sulawesi… ou pas, c’est peut-être Manado au nord, mais vu que je n’ai pas pris la peine de regarder où j’allais en vacances, ne croyez pas que je vais le prendre pour aller vérifier sur Wikipédia. Premier jour : pluie/déluge. Après tout, on a décidé de partir PENDANT la saison des pluies. Arrivés le matin, nous squattons une guesthouse, où nous ne dormirons que sur les banquettes dans l’entrée, et un coffee shop d’hôtel haute gamme où se retrouvent toutes les huiles de Makassar. Nous rencontrons même le chef de la police qui nous rassure : « je suis là pour protéger les habitants et vous aussi. » C’est donc sereins que nous prenons le bus de nuit pour 11h de route direction la région de Tana Toraja. 11h c’est long, mais 11h sans s’arrêter… J’ai d’abord dû aller frapper à la porte vitrée, fermée à clé, qui nous séparait du chauffeur de bus – en vain – puis de secouer l’un des employés du bus qui dormait tranquillement à l’arrière. Après 6 heures de route, je suis la seule à descendre. Mes compagnons de voyage sont des chameaux.

A destination, dans la petite ville de Rantepao, on s’est dirigé illico vers la guesthouse Pia’s Poppies, où nous avons rencontré au fur et à mesure la dizaine de touristes que nous retrouverons sur notre chemin tout au long du voyage. La Sulawesi n’est pas encore très touristique et encore moins à la saison des pluies semble-t-il. Autant dire qu’on n’a pas été gêné par la foule.

homme dans une riziere tamisant le riz

Alors la région de Tona Toraja, pourquoi s’y rendre ? : pour les paysages superbes de rizières, les maisons typiques et les enterrements. La mort ça soude, dans le coin on célèbre beaucoup d’enterrements avec beaucoup de membres de la famille et aussi des touristes qui sont les bienvenus aux festivités. Pour résumer, quelqu’un meurt, si la famille n’a pas suffisamment d’argent, elle économise parfois plusieurs années en gardant le corps momifié dans la cuisine, ou dans toute autre pièce qui paraîtra appropriée, ensuite on invite toute la famille proche et éloignée, on construit des structures en bambou pour asseoir tout le monde pendant les festivités et les repas et enfin on sacrifie porcs et buffles pour célébrer le mort. On parle de plusieurs dizaines d’animaux sacrifiés à chaque cérémonie qui dure plusieurs jours : un petit coup de machette dans la cuisse pour vider les cochons et un petit égorgement pour les buffles. Puis on passe les cochons au chalumeau – une fois morts, je précise – et on découpe la bête pour distribuer des morceaux à emporter aux convives ou pour les cuisiner et les déguster sur place. Moi qui cherchais à redevenir végétarienne… Puis le mort est mis en cercueil et glissé dans un trou creusé, à la main (une main avec une pioche quand même…), dans une roche ou une falaise. Les enfants morts avant d’avoir eu des dents sont, eux, ensevelis dans un trou creusé dans un arbre qu’on referme ensuite. Voyage culturel et dépaysement garantis. buffle se baignant dans les rizieres

Après ces activités revigorantes, on a continué notre visite de Tana Toraja à travers les rizières puis la jungle, parfois sous une pluie diluvienne. Heureusement, on était équipé : moi et mon poncho/sac-poubelle, Sylvain et son poncho de pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle et, Yann et son – je cite – « parapluie portatif ». Pour ceux qui se demandent ce qu’est un parapluie portatif, c’est un parapluie qu’on peut porter…, plus communément connu sous le nom de « parapluie » donc. Au bout de la route, on a passé la nuit dans une maison typique à Batutumonga, très tranquille au milieu de nulle part et du brouillard, avant de finir le trek pour rentrer à Rantepao à temps pour fêter le jour de l’an.
Et pour le fêter, les Sulawesiens le fêtent. Tout le monde, tout-le-monde, y va de son feu d’artifice dès 17h, en plein jour, jusqu’à minuit non-stop, et à cet instant-là c’est comme être dans une ville en guerre (d’après mon extensive expérience dans le domaine). Puis tout le monde se serre la main en se souhaitant une bonne année pendant qu’une centaine de jeunes sur leurs scooters font du circuit à fond dans la rue principale, autour du terre-plein central. Après avoir pris notre dose de pot d’échappement, on se dirigeait tranquillement vers l’hôtel quand on a été arrêté dans notre élan par une fête qui se tenait en pleine rue avec scène, DJ et chanteurs. Comme toute cette installation bloquait la rue, on a pensé que ça devait être une fête publique et on s’est invité, en réalité c’était organisé par une association de jeunes qui ont été ravis de nous accueillir, de nous rincer en bières toute la soirée, de nous faire monter sur scène pour danser avec eux – enfin moi, vu que mes alcoolytes se sont dégonflés (message personnel au passage…) – et nous offrir à manger du chien. On croyait s’ennuyer à Rantepao pour le jour de l’an… Autant dire que le lendemain n’a pas été très productif. En revanche, 2 jours plus tard, on est parti marcher 20 km entre Lemo, Tilanga, Londa et Ketekesu, dans la campagne et les rizières, et visiter les grottes où les locaux enterrent leurs morts (oui là aussi c’est pris) et qui sont de hauts lieux touristiques propices aux selfies avec la moitié de la population locale.

J’aurais bien aimé que cette marche me lessive suffisamment pour ne pas voir passer les 16 heures de bus qui nous attendaient le lendemain pour rejoindre Tentena dans le centre de l’île. 350 km en 16 heures, un record. Il faut dire que le bus n’était pas du dernier cri, que les routes sont assez mauvaises et en lacets et qu’on voyage pas léger non plus. D’ailleurs au départ lorsqu’on est arrivé devant le bus et que j’ai vu ce qu’on allait y charger, je me suis sérieusement demander comment on allait mettre tout ça dedans. Mais les bagages, les sacs de 50kg de riz, les morceaux d’acier, les poules vivantes dans des sacs rentraient bien sous mon siège, dans les coffres, sur le toit, dans l’allée, tout comme les passagers d’ailleurs. Enfin partis, après peut-être 15 minutes de route, on a renversé un scooter. Je ne sais pas ce qu’est devenu la fille blessée au genou, ni son scooter, ni le constat, mais 20 minutes plus tard on était reparti et 20 minutes plus tard on s’arrêtait à nouveau. Là, tous les employés du bus, je dirais bien 5-6 personnes, sont sortis et nous ont laissé cuire à l’étouffée sur nos sièges. Au bout de 15 minutes, je suis descendue voir ce qu’il se passait, la patience n’étant pas mon fort et les Sulawesiens étant beaucoup trop stoïques à mon goût pour des gens qui frôlent la déshydratation, et c’est donc là que j’ai découvert que tous ces gars étaient occupés… à rien. Ils étaient assis à l’ombre, à fumer, et comme je suis du genre aimable quand il me reste 15 heures de bus et qu’on glandouille sur le bord de la route, je leur ai demandé gentiment s’il voulait bien se bouger les fesses pour qu’on atteigne notre destination un jour.

15 heures plus tard, après de nombreux autres arrêts et la musique à fond dans le haut-parleur se trouvant juste au-dessus de la tête de Sylvain pile au moment où la nuit tombait et où les passagers commençaient à dormir, on est arrivé à Tentena à 1h du mat’, seuls, dans une rue déserte, jusqu’à ce qu’un vieux monsieur arrive pour nous emmener à l’hôtel Victory (et clairement c’était une victoire), un par un sur son scooter. Sauf Sylvain, dont on pensait qu’il s’était fait kidnapper voyant revenir le papy seul à l’hôtel, jusqu’à ce que la fille du maire de la ville dans son 4×4 flambant neuf nous dépose le Sylvain sur le seuil de la porte. Doris, dite Oma (mamie), la gérante de la guesthouse, nous a loué le lendemain des scooters, contrairement à la gérante de Rantepao qui avait blêmi et avait purement et simplement refusé, tout ça parce qu’on n’en avait jamais fait… Conduire un scooter c’était mon défi des vacances et c’était génial, surtout quand on arrive à éviter les camionnettes et les autres scooters à la dernière minute, ça apporte un peu de saveur aux vacances. Puis après la journée en scooter pour se rendre à la cascade, aux grottes, au lac, au point de vue, à l’épicerie, au resto (rentabilisation maximale oblige), c’était le tour de la voiture : 5 heures pour rejoindre Ampana afin de prendre ensuite le bateau pour plusieurs heures de trajet vers les magnifiques îles Togian.

plage du sera beach iles togian A partir de ce moment, on s’est déplacé d’île en île, d’abord Kadidiri et son ponton pour regarder le coucher de soleil, puis Sera Beach où le manager a ouvert l’hôtel juste pour nous. Sur place le programme n’était pas franchement original : baignade dans une eau cristaline à 30 degrés, snorkeling au milieu de superbes poissons, sieste dans les hamacs et on a refait ça encore et encore sur chaque île pendant une semaine. Yann s’ennuyait tellement qu’il faisait du snorkeling plusieurs fois par jour, triste vie… Toutefois, une exception à ce paradis est à noter à l’hôtel Lestari posé sur une petite île face à un village Bajo (les Bajos sont aussi appelés gitans de la mer) installé autour d’un rocher au milieu de l’eau. Chez eux je ne sais pas, mais chez nous, sur la terre ferme, les rats venaient nous rendre visite la nuit. Bien planquée sous la moustiquaire, ça ne m’a pas gêné mais j’en connais qui ont préféré s’enfuir pour dormir dehors dans un hamac. L’histoire ne dit pas si le paquet de gâteaux que j’avais laissé ouvert à côté du lit était la raison de ces visites nocturnes à répétition. J’invoque la présomption d’innocence.

village bajo sulawesi

Comme on est des amis des animaux, on a aussi passé du temps avec des méduses au Jellyfish Lake : une portion de la mer s’est retrouvée enfermée par la terre il y a trrrrrès longtemps et a coincé des milliers de méduses dedans; comme elles n’ont plus de prédateurs, elles ne piquent plus et on peut donc nager avec elles. C’était magique, en plus c’est tout doux une méduse et il y en avait des milliers, et il en restera toujours si aucun touriste ne se recouvre de crème solaire pour nager dans le lac (petit message de service public). A la fin de cette semaine animalière où j’ai également sauvé un chien de l’amputation – je le signale pour mon karma – on a repris le bateau, puis la voiture, puis l’avion à Luwuk. Je me serais bien passé d’un rallye en bagnole de 5 heures à prendre des virages à fond sous le regard hilare de notre chauffeur qui lorsque Yann lui a signalé « vous êtes dangereux ! » lui a dit « merci » dans un grand sourire ! Heureusement, des travaux sur la route nous ont donné 2 heures de répit, en attendant que la journée de travail des ouvriers se termine pour pouvoir reprendre notre route. Notre dernier jour à Luwuk on l’a passée à la piscine de l’hôtel 4 étoiles du coin. Le lendemain, on reprenait un avion pour Makassar puis pour Kuala Lumpur avec 40mn de battement entre les 2 vols dans un pays où la notion du temps est plus qu’aléatoire… Je me demande encore à quel moment j’ai dit oui à cet itinéraire, mais ça devait être un jour d’optimisme aveugle. Et enfin le jour suivant, c’était le retour pour Paris. Plus de hamac, plus de snorkeling, plus de rats et plus de méduses : à la limite, le seul truc qui pourrait se rapprocher d’un lac à méduses c’est la piscine de Meudon quand un nageur perd son bonnet de bain dans le bassin… Exotique…

  • Maisons typiques du Tana Toraja
    Maisons typiques du Tana Toraja
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5 commentaires

  1. Agnès *

    Formidable

  2. Nom Caro

    Mon seul regret : ne pas être venue avec vous, quelles aventures ! il faut les raconter ma chère ;)
    (même si je me serais passée des rats…)

  3. Anonyme

    Je me marre toujours autant à te lire :) Vous aurez jamais des vacances « normales  » et classiques lol

  4. Emmanuelle NICOLAS

    Merci pour les anecdotes, ça nous rappelle des souvenirs ;)

  5. Nom *

    Merci pour les anecdotes, ça nous rappelle des souvenirs ;)

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Date de publication : 16 avril 2017